RUGBY Tango Chalon : A 29 ans, Antoine Colin est revenu de l’enfer des commotions
Par Salvatore BARLETTA.

Nous sommes en juin 2019. La finale du Top 14 oppose Toulouse à Clermont (victoire de Toulouse). Sur une des premières actions de la rencontre, le Parodien Alexandre Lapandry s’écroule. Victime d’une commotion. A 30 ans, le flanker, champion de France avec Clermont en 2010, vainqueur du Grand Chelem avec l’équipe de France la même année, stoppe sa carrière suite à ce choc. Un monde qui s’écroule.
Un terrible plaquage
Antoine Colin a vécu le même drame. Mi-septembre 2025, lors d’une banale séance d’entraînement. Un plaquage d’un ses équipiers le projette au sol. Il peine à se relever. Il titube. « J’avais déjà connu des commotions avant, mais celle-ci… » se souvient le Chalonnais. Il ne rejouera plus. A 28 ans, le troisième ligne de formation, repositionné au poste de 2e ligne pour les besoins de l’équipe, doit renoncer à une carrière riche en émotions.
Première licence à Beaune
Remontons le temps. Judoka au départ, Antoine lâche le kimono blanc et déserte les tatamis pour les grands espaces. « J’en avais marre » raconte-t-il. Venu un peu par hasard au rugby à l’aube de ses 14 printemps, il trouve dans ce jeu avec ce ballon ovale aux rebonds déroutants un nouveau sens à sa vie de sportif. « Le collectif m’a plu de suite ». Originaire de Beaune, c’est naturellement qu’il signe sa première licence dans le club local. Ecole de rugby, équipe B puis les grands débuts au sein de l’équipe première. « J’avais 19 ans et une envie d’aller de l’avant. J’ai participé à la montée en Fédérale 1 » lâche-t-il avec un sentiment de fierté.
Champion de France espoirs
Une carrière s’ouvre devant lui. Bourg-en-Bresse le contacte. Il n’hésite pas. « J’étais pris au centre de formation du club, c’est là où j’ai encore franchi un pas ». Avec les espoirs, il devient champion de France mais n’a jamais la chance d’intégrer l’équipe première. « Bourg évoluait alors en Prod2, il y avait de sacrés clients en troisième ligne » sourit-il. Pas grave. Antoine ne fait pas une fixation pour autant. Il joue, prends du plaisir, le plus important. Un an à Nuits ne viendra pas assombrir son amour pour le ballon ovale et il rebondit à Villefranche. La montée en Fédérale 1 sera l’un des points d’orgue de son passage chez les Caladois.
Il poursuit l’aventure à Chalon
Mais la belle histoire prend fin. Après deux saisons, et il revient chez lui en Bourgogne. En Saône-et-Loire, à Chalon exactement. « Je voulais me rapprocher de ma famille. Je m’étais blessé la dernière saison à Villefranche et j’étais hors de forme en arrivant ici ». A l’aube de la saison 2022-2023, le mètre 91 le pousse vers la deuxième ligne, là où les besoins de l’équipe B se font sentir. Deux saisons pleines avant le drame de septembre 2025.
Cinq mois pour se remettre
« A l’entraînement, je prends un caramel sur la mâchoire juste avant la reprise du championnat. J’avais juste fait un amical de pré-saison et là, ce plaquage me met KO » rembobine-t-il. Comme il a déjà été victime de plusieurs commotions les années précédentes, il consulte un neurologue. « Je me souviens dans le cabinet, j’ai lu un article sur un hockeyeur des Ducs de Dijon qui racontait les effets de sa commotion. Il avait des sauts d’humeur, cassait tout chez lui. Moi, j’avais des maux de tête terrible, des pertes d’équilibre, la lumière m’éblouissait et des absences. J’ai mis plus de cinq mois pour m’en remettre ! » nous confie-t-il.
Coach de la B
A tout juste 28 ans, Antoine dit stop à sa carrière. « Je ne voulais pas devenir un légume, j’ai pensé d’abord à ma santé, à ma famille, à mes proches. Ce n’était pas simple d’accepter cette décision au début mais petit à petit, je m’y suis fait » concède le Chalonnais. Les crampons rangés dans son sac, il ne quitte pas le monde du rugby. Au cours de la saison, avec le retrait de Morne Loxton, on lui demande d’assister Matthieu Verdreau, le coach de la B. Il n’a pas de diplôme d’entraîneur mais il s’exécute. L’amour du jeu, du club. « Cela me permettait de rester dans le rugby, avec mes potes. Jamais je n’aurais pensé devenir coach, et là, j’avais cette opportunité, j’ai accepté la mission ».
L’équipe B se qualifie en phases finales
Il prend en charge les avants tango et la saison est pleinement réussie. Une qualification en phases finales et deux tours concrétisent tous les efforts consentis par le staff et les joueurs. « C’était une belle saison et on veut faire aussi bien ou mieux cette année mais tout dépendra de l’équipe première » relance-t-il. Pas en terre inconnue avec les deux nouveaux coaches de la A, Alex Verri et Greg Paquelet, Antoine Colin adhère au projet de jeu concocté par le duo. « J’avais le même à Beaune et à Bourg » assure-t-il. « Je ne suis pas dépaysé, c’est un projet ambitieux, les gars vont devoir faire beaucoup d’efforts mais si ça marche… »
« Je ne voulais pas finir comme un légume »
A 28 ans, donc, après dix ans de rugby, Antoine Colin a dit stop. Et c’est ainsi sur le banc tango qu’il assouvit désormais sa passion. « J’ai eu de la chance. Je n’ai plus de séquelles aujourd’hui même si m’arrive parfois d’avoir des petits oublis de mémoire, des petites pertes d’équilibre mais plus de maux de tête. J’ai stoppé à temps je pense. Par le passé, j’avais eu six commotions référencées, celle-ci était celle de trop. Je répète, je ne voulais pas finir comme un légume, ne plus reconnaître mes proches, mes amis. La commotion est le pire ennemi du rugbyman. Ne prenez aucun risque, consulter un neurologue si vous avez des symptômes » prévient Antoine Colin, dont l’expérience de coach de la B pourrait s’achever prochainement. Cette année ou la suivante en principe. « Je suis concentré sur la saison et j’espère qu’elle sera belle. Après, il sera temps de penser à l’avenir. J’ai plein de projets personnels et professionnels en prévision. Je ne serai pas coach toute ma vie » rigole-t-il. « Et puis, j’ai eu de la chance en tant que joueur. J’ai fait deux montées en F1 et j’ai eu un titre de champion de France. Il y a des mecs qui jouent toute leur vie et qui n’ont pas ce palmarès » conclut-il.
